Jeanneau Paysagiste crée un atelier de maintenance pour reclasser un chef d’équipe

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Atteint d’une hernie discale, Pascal, 39 ans, ne peut plus assumer son poste de chef d’équipe dans la petite entreprise d’aménagement paysager qui l’emploie. Pour préserver son emploi, Patrick Jeanneau décide d’internaliser la maintenance du matériel et de lui confier de nouvelles missions.

1. L'expérience

Article rédigé le 06/12/07


Un reclassement a priori impossible


Aménagement paysager, entretien de jardins, élagage, arrosage, terrassement… En 25 ans d’existence, la SARL Jeanneau Paysagiste, installée à Poitiers, a développé toute une gamme de prestations à destination des particuliers mais aussi des entreprises et des syndics d’immeubles. Au fil des années, Patrick Jeanneau, son fondateur, a constitué une équipe de 15 personnes, dont la plupart travaillent sur le terrain. Interventions en extérieur, port de charges fréquent, efforts physiques permanents : à bien des égards, les conditions de travail des salariés se rapprochent de celles du BTP, même si elles ont été largement améliorées grâce à l’évolution de l’outillage.
Présent dans l’entreprise depuis 20 ans, Pascal, l’un des chefs d’équipe, a connu le temps où la minipelle n’avait pas encore remplacé le pelle et la pioche. À l’approche des 40 ans, il commence à en ressentir les effets physiques. En 2003, il est opéré d’une hernie discale. À partir de là, les arrêts de travail se multiplient pendant deux ans. Sur recommandation de la médecine du travail, qui le déclare inapte à son poste, Pascal fait une demande de reconnaissance de son handicap. Pour Patrick Jeanneau, il n’est pas question de le licencier. « D’une part, j’avais besoin de lui, d’autre part, je ne voulais pas le lâcher car je savais qu’il aurait beaucoup de mal à trouver un emploi. » Mais le problème reste entier : du fait de la petite taille de l’entreprise, il n’existe a priori aucune possibilité de reclassement interne.

Une formation en CAP Maintenance


Sur les conseils du médecin du travail, Patrick Jeanneau contacte alors, le Sameth de Poitiers (Handicap Service) à qui il expose la problématique. Plusieurs réunions de réflexion et visite de l’entreprise sont organisées. De ces concertations, il ressort que l’entretien et la réparation du matériel de l’entreprise (tondeuses, tronçonneuses, taille-haie etc.) constitue un poste de dépenses important qui pourrait être affecté à la création d’un atelier de maintenance en interne. Tout calcul fait, l’opération s’avère viable.

L’atelier est donc aménagé et équipé dans les locaux de l’entreprise, qui, par chance, possède l’espace nécessaire. Quant à Pascal, qui n’a pas les compétences requises, il est envoyé dans un centre formation pour apprentis afin de préparer un CAP Maintenance des matériels. Une démarche difficile pour le salarié qui se retrouve « à l’école », au milieu de jeunes apprentis. Le 1er juillet 2006, toutes les conditions sont réunies pour qu’il prenne son nouveau poste.

Le Sameth coordonne la démarche


Dès la déclaration d’inaptitude, Pascal prend contact avec la MSA (Mutuelle sociale agricole) qui l’aide à monter son dossier de demande de reconnaissance du handicap. L’organisme lui propose un accompagnement au cas où son reclassement interne ne s’avèrerait pas possible. Handicap Service, pour sa part, assure la coordination de la démarche de maintien dans l’emploi. La structure organise les réunions associant le médecin du travail, l’entreprise et le salarié, et élabore le projet de création de l’atelier. Elle monte également le dossier de demande d’aide à l’Agefiph en vue d'un cofinancement au titre du maintien dans l'emploi.

Durant la phase d’élaboration du projet, un conseiller en prévention des risques professionnels de la MSA est associé à la réflexion sur l’organisation de l’atelier.
« Nous l’avons équipé de façon standard, sans adaptation spécifique », précise Patrick Jeanneau. Mais le choix du matériel a été fait de manière à éviter au salarié les ports de charges et les positions inconfortables : table élévatrice, siège assis-debout avec maintien dorsal, planches à roulettes etc.

Enfin, la formation de Pascal a été prise en charge par le Fonds national d’assurance formation des exploitations et entreprises agricoles (FAFSEA) au titre de la formation continue.

Un apport précieux pour l’entreprise


Entre le montage du projet, l’aménagement de l’atelier et le temps de formation, qui s’est déroulé simultanément, il aura fallu environ un an pour que Pascal soit opérationnel. « Il fallait vraiment être très motivé pour mener cette action. On m’a souvent conseillé d’abandonner et d’opter pour le licenciement », confie Patrick Jeanneau, qui se félicite toutefois d’avoir su frapper aux bonnes portes.
Aujourd’hui, Pascal assure la maintenance, le nettoyage et la réparation du matériel, les gros travaux étant toujours confiés à des prestataires extérieurs. Mais il s’est  vu également confier d’autres missions importantes (la réception des livraisons, l’approvisionnement des chantiers) et une responsabilité nouvelle, la prise en charge de certains rendez-vous clientèle pour l’élaboration de devis sur des prestations qu’il connaît bien.
« Je ne vois que des avantages dans ce reclassement : meilleure gestion du parc de matériel, gain de temps pour les équipes, soutien dans mon travail commercial… C’est une réussite à tous les niveaux, aussi bien en termes de productivité que de rentabilité. »

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2. Le témoignage

Jeanneau Patrick, directeur général


« La situation de Pascal nous a obligés à prendre le temps de la réflexion »


« Je n’avais jamais envisagé la création de cet atelier. Quand on dirige une petite entreprise, on gère l’urgence et on n’a pas le recul nécessaire pour réfléchir à ce genre d’évolution. La situation de Pascal nous a obligés à prendre le temps de la réflexion. Le résultat est totalement positif. Si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde. Il reste que la démarche est très compliquée et que si on l’aborde seul, elle relève de la mission impossible. »


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3. La fiche d'identité de l'entreprise

  • Entreprise : Jeanneau Paysagiste
  • Activité : Aménagement paysager
  • Région : Poitou-Charentes
  • Effectif entreprise : 15
  • Effectif TH de l'entreprise : 1
  • Unités valorisables au titre de la sous-traitance : 0
  • Accord d’entreprise : NON
  • Convention Agefiph : NON
  • Contact : Jeanneau Patrick (directeur général) :
    jeanneau.paysagiste@wanadoo.fr
  • Mise à jour : 20/12/2007
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4. La fiche technique

  • Durée de mise en œuvre : 1 an
  • Nombre de salariés concernés : 1
  • Type de handicap : moteur
  • Aménagements :
    • techniques : oui
    • organisationnels : oui
    • de formation : oui
  • Financements : Jeanneau Paysagiste, Agefiph, FAFSEA
  • Partenaires : médecin du travail, MSA, Sameth (Handicap Service)
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