Conseils d'expert
"En matière de formation, la voie de l’alternance n’est pas suffisamment utilisée"
Nom : Évelyne Balmès
Fonction : Chargée de mission Agefiph, Responsable domaine formation
La formation est l’élément clé de la réorientation professionnelle. Quels conseils donneriez-vous à une personne qui hésiterait à s’engager dans un projet de formation ?
Il faut aborder la question de la formation de la bonne manière. Beaucoup de gens hésitent face à la complexité des dispositifs. Il ne faut pas se poser de barrières d’emblée. La personne doit en premier lieu se concentrer sur son projet, ses envies, sans se censurer. Être capable de dire : « Je veux faire ça et je veux mener mon projet jusqu’au bout ». Chez les personnes les moins qualifiées, notamment, beaucoup n’osent pas exprimer leurs aspirations. Il est pourtant essentiel d’être porteur d’idées, acteur de son projet. Le champ des possibles est très large. Ensuite, en fonction de sa situation, la personne dispose de nombreux interlocuteurs pour l’orienter et répondre aux questions de financements : c’est la mission du réseau Cap emploi, de Pôle emploi, des Sameth, du Fongecif.
Tous les centres de formation sont-ils ouverts aux personnes handicapées ?
L’Agefiph a noué de nombreux partenariats avec les centres de formation. Beaucoup offrent d’excellentes conditions d’accueil et sont en mesure d’adapter le rythme de formation, de recourir à un accompagnement ou de procéder aux aménagements nécessaires. L’Agefiph dispense des aides pour cela. Mais de son côté, la personne ne doit pas hésiter à se renseigner auprès des différents organismes pour être mesure de choisir celui qui correspond le mieux à son projet. Il faut interroger les professionnels sur ce qu’ils proposent en termes de contenu, d’accompagnement, de conditions d’accueil. Les personnes handicapées ont droit à une formation professionnelle de qualité et, à ce titre, elle doivent être exigeantes.
L’argument financier est souvent un frein. Se former, financer sa formation tout en s’assurant un minimum de ressources, comment résoudre l’équation ?
Pour les demandeurs d’emploi, Cap emploi ou Pôle emploi sont les meilleurs interlocuteurs pour trouver et construire les solutions. Il faut préciser qu’avec le programme Handicompétence, l’Agefiph a mis en place une offre de formation rémunérée qui vient compléter celle des conseils régionaux. Pour les personnes salariées, le problème se pose différemment. Il faut d’abord interroger son employeur sur sa politique de formation. Pour une personne handicapée, le droit individuel à la formation est le même que pour tout salarié. Encore faut-il, là encore, être porteur d’idées, défendre son projet, convaincre de ses motivations. À défaut de pouvoir s’adresser à un service formation – car toutes les entreprises n’en possèdent pas – on peut se tourner vers le Fongecif qui a aussi une vocation d’accueil et de conseil. Cap emploi est également un interlocuteur. Si la personne souhaite se réorienter en raison d’une inaptitude à son poste, elle peut se renseigner auprès du Sameth.
L’alternance est-elle une solution intéressante ?
Elle peut effectivement s’avérer intéressante et reste trop peu utilisée. Il faut savoir que les contrats d’apprentissage et les contrats de professionnalisation sont ouverts aux personnes handicapées sans limite d’âge. Ils permettent de se mettre en situation de formation tout en ayant déjà un contrat de travail , ce qui garantit une rémunération pendant le temps de formation. C’est la raison pour laquelle l’Agefiph a renforcé ses aides en matière d’alternance. Par exemple, la prime versée à une personne en contrat d’apprentissage sur une durée d’au moins six mois est passée 1 700 euros. Pour les plus de 30 ans, elle est doublée si le contrat excède 12 mois.




