AUM-Biosync embauche une webdesigneuse sourde

Une candidature qui bouscule les certitudes
Installée à Mâcon, AUM Biosync est une PME de 15 salariés fondée il y a dix ans par Martial Boulesteix, ingénieur et ancien officier de gendarmerie. L'entreprise conçoit des logiciels, des applications et des algorithmes destinés à mieux organiser le travail d'équipes mobilisées en continu, notamment chez les pompiers et plus largement dans le secteur de la sécurité civile.
« La diversité fait partie de nos valeurs, explique le dirigeant de l'entreprise. Notre équipe est composée de personnalités ayant eu des parcours très divers, de l'enseignant-chercheur à l'autodidacte. Nous sommes ouverts à tous les profils, y compris à des candidats en situation de handicap, dès l'instant où ils ont les compétences requises. »
En 2020, en pleine période de confinement, l'entreprise reçoit la candidature de Julie pour une alternance en vue d'obtenir un certificat de qualification professionnelle de webdesigner UX-UI. Julie est sourde. L'entretien se déroule en visioconférence avec un interprète en langue des signes française (LSF). Durant l'échange, elle ne prononce pas un mot. « J'étais intéressé par son profil, mais je me demandais comment nous allions communiquer au quotidien. Quand je lui ai posé la question à la fin de l'entretien, à ma grande surprise, elle m'a répondu directement. » La jeune femme lui explique alors que les échanges oraux lui demandent un effort considérable et s'avèrent épuisants dans la durée. D'où le recours à des moyens de communication alternatifs.
S'adapter sans tout réinventer
D'abord recrutée en alternance, Julie est confirmée en CDI en octobre 2022, une fois son certificat en poche. Dès son arrivée chez AUM Biosync, elle adopte une démarche très active pour faciliter son
intégration et mettre ses collègues à l'aise. Pendant les pauses déjeuner, elle propose des temps de sensibilisation à la langue des signes française. Ces moments permettent à ses collègues à la fois d'en apprendre les bases et de mieux comprendre le vécu des personnes sourdes, leur histoire et leurs habitudes de communication. Une manière de créer des liens car, même au sein d'une petite entreprise, le risque d'isolement reste bien réel.
Au plan professionnel, l'équipe travaille beaucoup en distanciel. Les salariés utilisent au quotidien un outil de discussion par chat, parfaitement adapté aux besoins de Julie. « Lors des échanges en visio, les partages d'écran et les sous-titrages automatiques nous sont aussi utiles, même si ces derniers ont leurs limites sur les sujets techniques », reconnaît Martial Boulesteix.
Régulièrement, des journées de travail collectif sont organisées au siège. L'entreprise fait alors appel à un interprète en LSF. « Pendant sa formation, Julie a bénéficié d'aides de l'Agefiph pour financer ces interventions, mais de notre côté, nous n'avons pas sollicité ces aides. Il est vrai, aussi, que d'une manière générale, le besoin d'un interprète est moins important aujourd'hui car, avec le temps, nous avons pris l'habitude de communiquer avec Julie. Nous avons acquis les bons réflexes, veillons à réduire les temps de réunion et tout est projeté sur écran. »
Une sensibilité et un regard différents
« Le handicap n'empêche pas d'être un bon professionnel, bien au contraire, poursuit Martial Boulesteix. Il nous pousse à nous questionner et à nous réinventer dans nos pratiques professionnelles. » Du fait de sa surdité, Julie porte un regard différent sur les applications produites par ses collègues. Particulièrement sensible aux questions d'accessibilité, elle intègre spontanément cette préoccupation dans son travail de webdesigneuse. Elle n'est d'ailleurs pas la seule, au sein de l'équipe, à apporter sa singularité à l'entreprise. Un autre collaborateur est porteur d'un trouble du spectre de l'autisme.
Du côté des clients, sa différence est très bien accueillie. Les pompiers, en particulier, sont sensibilisés à la question, car ils doivent eux-mêmes être en capacité de communiquer avec des personnes sourdes lors de leurs interventions. « Ils ont même une association dédiée à ce sujet. Elle était présente lors d'un grand salon professionnel organisé à Mâcon, auquel nous avons participé, raconte Martial Boulesteix. À cette occasion, Julie leur a fait une démonstration en LSF de nos produits ! Je pense que cela n'arrive pas souvent. C'est aussi, pour nous, une manière de nous démarquer. »
Témoignage
Martial Boulesteix, directeur d'AUM Biosync « La période d'alternance de Julie a été profitable pour apprendre à nous connaître » « L'entretien de recrutement et l'installation de la personne dans l'entreprise constituent des moments-clés pour échanger sans tabou sur le handicap. Chacun peut exprimer ses interrogations, ses inquiétudes. Si on veut partir sur une base solide, il faut prendre un peu de temps pour comprendre les besoins de la personne, et se montrer attentif et bienveillant. Dans le cas de Julie, la période d'alternance a été très profitable pour apprendre à nous connaître. »
FICHE D’IDENTITÉ
Entreprise : AUM-Biosync
Activité : services aux entreprises
Région : Bourgogne-Franche-Comté
Effectif : 15
Effectif TH : 2
Contact : Martial Boulesteix, directeur - boulesteix@gmail.com
Mise à jour : 08/07/2026
FICHE TECHNIQUE
Nombre de personnes handicapées concernées : 1
Type de handicap : handicap auditif
Aménagements - techniques : non
- organisationnel : oui
- formation : oui
Financements : Agefiph, employeur
Partenaires : -
Publié le 27 juillet 2026