Témoignage Entreprise

Chez Broyer Frères, deux conducteurs sourds font la route en toute confiance

Sans expérience spécifique de la surdité mais aussi sans a priori, l’entreprise de transport ardennaise a misé sur la motivation de Freddy et Christophe, l’un tout juste sorti de formation, l’autre déjà expérimenté. Deux recrutements réussis moyennant quelques ajustements simples et une volonté partagée de bien communiquer.

Un jeune stagiaire sourd fait ses preuves

L’entreprise familiale Broyer Frères, implantés aux Ayvelles (Ardennes), est spécialisée dans les transports routiers de courte et longue distance, les déménagements et le stockage. Elle emploie 25 salariés.

En 2018, son dirigeant, Romain Broyer, accepte d'accueillir Freddy, un jeune stagiaire en formation poids lourd au centre AFPA de Charleville-Mézières. Recommandé par un salarié, le jeune homme est sourd de naissance. Une autre entreprise vient de lui refuser à la dernière minute le stage qu'elle lui avait promis. « Mon mari a été ému par sa situation, se souvient Jennifer Broyer, en charge des ressources humaines. Le courant est bien passé entre eux et il a voulu lui donner sa chance. »

Bien lui en a pris car le jeune conducteur tient parfaitement ses promesses au volant. « Dans l'équipe, on dit de lui qu'il a du diesel à la place du sang, tant il est passionné ! poursuit Jennifer Broyer. Il a compensé sa surdité par une vigilance plus développée que la moyenne. C'est un conducteur hors pair qui maîtrise son véhicule mieux que quiconque ! » En août 2018, à l'issue de son stage, Freddy signe un CDI chez Broyer Frères. Hormis quelques ajustements organisationnels pour communiquer, aucun aménagement spécifique n'est nécessaire.

Quand Freddy recommande Christophe

Trois ans après son arrivée, Freddy recommande à son tour l'un de ses amis : alors âgé de 45 ans, Christophe est sourd lui aussi. Il est appareillé et communique plus facilement. Cela ne l'a pas empêché de vivre des expériences difficiles et d'être souvent mis à l'écart dans les entreprises où il a travaillé

auparavant. « Lors de mon entretien d'embauche, raconte-t-il, je n'ai pas voulu faire appel à un interprète. Je voulais voir si l'entreprise saurait s'adapter. Si cela n'avait pas été le cas, si j'avais senti une réticence, je ne serais pas venu. Tôt ou tard, cela aurait engendré des problèmes. »

 

« Avec Christophe comme avec Freddy, précise Jennifer Broyer, nous veillons à adapter notre manière de nous exprimer pour faciliter la lecture labiale. Si le sujet est plus complexe ou technique, nous passons par l'écrit. Par exemple, lorsque nous organisons des réunions, je prépare toujours un document pour m'assurer qu'ils disposent de toutes les informations. » L'entreprise recourt rarement à des interprètes car cela demande de l'anticipation et n'est pas toujours possible.

Les deux conducteurs, qui travaillent sur de longues distances, passent la majeure partie de la semaine sur la route. Les échanges avec l'entreprise se font par SMS.

Chez les clients, ils portent un gilet signalant leur surdité. Si leurs interlocuteurs sont parfois surpris, l'accueil est le plus souvent excellent et la communication s'établit naturellement. « En matière de sécurité, beaucoup d'entreprises ont des protocoles très précis pour les livraisons. Il n'y a donc pas de problème de ce côté-là non plus », complète Jennifer Broyer.

Des habitudes et des réflexes à acquérir

Les conducteurs sourds sont de plus en plus nombreux à circuler sur les routes. Un arrêté du 28 mars 2022 a instauré un cadre légal avec, notamment, la mise en place d'une pré-évaluation des capacités à la formation (PECF). Cette étape préalable permet de déterminer les aménagements ou les appareillages adaptés à chaque conducteur. Ces préconisations sont ensuite soumises à la validation du médecin agréé et de l'inspecteur du permis de conduire. Comme le résume Christophe, engagé au sein de l'association Routier Sourd de France, il ne faut pas se focaliser sur la surdité, mais sur les besoins de la personne.

« Bien sûr, le handicap implique un minimum d'efforts pour l'employeur comme pour les salariés concernés, estime Jennifer Broyer. Avec Freddy et Christophe, il a fallu travailler certaines choses au départ pour se comprendre et bien communiquer. Ce sont des habitudes, des réflexes à acquérir. Il faut simplement que chacun soit attentif à l'autre. Comme l'envie était là pour tout le monde, cela a fonctionné. »

Jusqu'ici, l'entreprise n'a pas eu besoin de solliciter les aides de l'Agefiph. « Cela ne se justifiait pas car les aménagements réalisés sont très peu coûteux et la surdité de Freddy et Christophe n'a jamais entraîné la moindre perte de productivité », conclut-elle.

TÉMOIGNAGE

Jennifer Broyer, responsable RH « Nous avons recruté les bonnes personnes et nous en sommes très fiers » Qu’il s’agisse de Freddy ou de Christophe, nous savons aujourd’hui que nous avons recruté les bonnes personnes et nous en sommes très fiers ! Leur surdité ne gêne ni l’exercice de leur métier ni le fonctionnement de l’entreprise. Ils n’ont jamais rencontré de problème de conduite, jamais eu le moindre accident. Ils sont au contraire très rigoureux et mettent un point d’honneur à bien faire.

FICHE D’IDENTITÉ

Entreprise : Broyer

Activité : Transport

Région : Grand Est

Effectif : 25

Effectif TH : 2

Contact : Jennifer Broyer, responsable RH - Jennifer.bauda@wanadoo.fr

Mise à jour : 08/07/202

FICHE TECHNIQUE

Nombre de personnes handicapées concernées : 1

Type de handicap : handicap auditif

Aménagements - techniques : non

- organisationnel : oui

- formation : non

Financements : employeur

Partenaires : -

Publié le 27 juillet 2026