Témoignage Entreprise

Un atelier de maintenance de la SNCF réorganisé pour maintenir à son poste un agent partiellement hémiplégique

Embauché à l’atelier baies vitrées d’un site francilien de maintenance de la SNCF, Alexandre, partiellement hémiplégique, peine à tenir les objectifs. Sa situation conduit l’entreprise à moderniser et réorganiser l’atelier au bénéfice de toute l’équipe.


L'expérience

Article rédigé le 07/07/08

Alexandre en difficulté à son poste

Vitres taguées, fissurées, brisées… La maintenance de l’ensemble des châssis de baies vitrées des trains circulant à Paris et en Ile-de-France est assurée sur le site de Villeneuve-Prairie (Val-de-Marne). Alexandre, 26 ans, hémiplégique, y est embauché en 2005. Deux collègues plus chevronnés le forment au métier : démonter les châssis, retirer les vitres défectueuses, décaper les châssis, les plonger dans un bain d’acide pendant toute une nuit, puis les remonter avec une nouvelle vitre. Le métier nécessite beaucoup de manutention, des ports de charges importants et une posture debout quasi permanente : autant de contraintes qui, rapidement, obligent le jeune homme à demander de l’aide à ses coéquipiers. Malgré cela, il n’arrive pas à tenir la cadence quotidienne. Lors de la visite médicale de routine, le médecin du travail rend compte des différentes incompatibilités qui existent entre les restrictions liées au handicap d’Alexandre et le contenu de son poste de travail. Il faut envisager une solution.

De nouveaux équipements et un réaménagement de l’atelier

Une étude ergonomique du poste d’Alexandre et de l’atelier dans son ensemble est engagée. Elle aboutit à différents aménagements. Le jeune homme reçoit tout d’abord un nouvel outillage (visseuse, dévisseuse, polisseuse), plus léger et plus maniable, de manière à lui épargner les vibrations dans les bras. Afin de limiter la manutention des châssis, très lourds, et des vitres, très volumineuses, l’atelier est entièrement réaménagé et sécurisé. Etablis et conteneurs sont organisés pour faciliter l’interchangeabilité entre agents. Cette nouvelle organisation prévoit aussi l’arrivée probable de nouveaux collègues. Un appareil de levage à ventouses, suspendu au plafond sur des rails métalliques, est par ailleurs installé. Hypermaniable grâce à un manche de guidage manuel, il permet à tous les agents de manipuler les châssis à travers tout l’atelier. Le système est optimisé pour se rétracter au plafond lorsque l’équipe n’en a pas besoin.

Une recherche de solutions collégiale

Pour imaginer ces aménagements, deux ergonomes de la mission handicap & emploi de la SNCF ont été diligentés sur place. Tout d’abord elles procèdent à des observations « ouvertes » qui permettent d’identifier les besoins et les capacités de l’agent handicapé par rapport à son poste de travail et à son activité. Elles s’entretiennent, ensuite, individuellement avec Alexandre, son manager, ses deux collègues, le correspondant travailleurs handicapés de l’établissement et le médecin du travail afin d’éclaircir et enrichir ce qu’elles ont déjà pu observer. De nouvelles observations sont ensuite effectuées afin d’analyser plus finement l’activité de travail. Toutes les tâches d’Alexandre, sa gestuelle, la manipulation des outils, les moyens mis en œuvre pour pallier son handicap, sont analysés. Une fois leurs conclusions formulées, elles réunissent les trois agents de l’atelier, lors de groupes de travail, pour ébaucher ensemble les solutions d’aménagement de leur espace de travail. Toutes leurs remarques sont prises en compte. « Qui, mieux qu’eux peut savoir ce qui est bon pour améliorer leur quotidien ? » précise Sophie Casal, l’une des deux ergonomes en charge de cette étude. « L’implication des agents est primordiale dans une démarche ergonomique » . L’étude, aura duré 16 jours étalés sur 9 semaines.

Une démarche qui profite à tous

Un suivi effectué sur place par Sophie Casal a permis de s’assurer du fonctionnement de ce nouveau dispositif. Grâce à l’appareil de levage, Alexandre traite plus de fenêtres qu’auparavant et tient ses objectifs quotidiens, sans forcer. Ce gain de productivité a amélioré l’appréciation qu’il avait de lui-même et sa confiance en lui. « Il oublie un peu son handicap », signale l’ergonome. L’ambiance dans l’atelier est excellente et les rapports entre collègues bien meilleurs, Alexandre étant à l’origine d’un système automatisé qui profite à tous. Enfin, l’idée d’une démarche collégiale a largement contribué à l’acceptation pleine et entière de l’aménagement de l’espace de travail. Au total, l’opération aura duré près d’une année.

Le témoignage

Casal Sophie, ergonome

« Une mission très motivante »

« Chaque étude constitue un moment de rencontre et de partage très humains. Nous nous impliquons beaucoup puisque pour étudier les postes, nous vivons avec les salariés. C’est très fort. Là, j’ai parfois pu observer la douleur sur le visage d’Alexandre, lors de manutentions difficiles. Aujourd’hui, je suis heureuse d’avoir participé à cet aménagement qui fonctionne très bien. Nous restons en contact. C’est très motivant. »

La fiche d'identité de l'entreprise

  • Entreprise : SNCF
  • Etablissement : Dépôt de Villeneuve-Prairie
  • Activité : Transports ferroviaires
  • Région : Ile-de-France
  • Effectif entreprise : 230 000
  • Effectif etablissement : 160 000
  • Effectif TH de l'entreprise : 4 300
  • Unités valorisables au titre de la sous-traitance : 300
  • Accord d’entreprise : OUI
  • Convention Agefiph : NON
  • Contact : Casal Sophie (ergonome mission handicap & emploi SNCF) :
  • Mise à jour : 09/10/2008

La fiche technique

  • Durée de mise en œuvre : 12 mois
  • Nombre de salariés concernés : 1
  • Type de handicap : moteur
  • Aménagements :
    • techniques : oui
    • organisationnels : non
    • de formation : non
  • Financement : SNCF
  • Partenaires : médecine du travail, ergonomes SNCF
Publié le 27 septembre 2010